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Manuel Sintubin : « Que cette bulle française d’hydrogène naturel s’étende à la Belgique est une légende urbaine ».

Manuel Sintubin: "vanuit wetenschappelijk standpunt kan ik alleen maar toejuichen dat we dit onderzoek in België zullen voeren." KU Leuven, 2026

C’était une grande nouvelle dans le monde de l’énergie, mais non : la bulle française d' »hydrogène naturel » ne s’étend pas à la Belgique. Tout ce que l’on peut dire, c’est que nous avons d’anciens bassins houillers similaires », déclare le professeur de géodynamique Manuel Sintubin (KU Leuven). Il reste sceptique quant à cette découverte.

1. Pour mémoire, qu’est-ce que l’hydrogène blanc ?

« L’hydrogène blanc est le nom de l’hydrogène naturel. Il est créé par des processus géologiques naturels dans la croûte terrestre et y migre. Cela se produit généralement dans les massifs granitiques, qui contiennent encore une grande quantité de matières radioactives telles que le potassium, l’uranium ou le thorium ? La désintégration radioactive peut alors provoquer la scission de l’eau présente dans une telle formation et produire de l’hydrogène. »

« Ce n’est qu’un des processus par lesquels l’hydrogène naturel peut être créé. Un autre est ce que nous appelons la « serpentinisation ». À haute température et à haute pression dans une roche ferrugineuse, un processus géochimique est créé qui libère de l’hydrogène. Il est également possible qu’à partir de systèmes de fractures profondes dans la croûte terrestre, l’hydrogène s’échappe du manteau terrestre, ou « maturation », un processus qui se produit dans les anciens bassins houillers et qui crée également de l’hydrogène.

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Lire ici: Après la découverte de la France : y a-t-il de l’hydrogène naturel sous la Belgique ?

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2. Pourquoi l’hydrogène naturel est-il si intéressant ?

« La principale différence avec les combustibles fossiles classiques comme le pétrole et le gaz naturel est qu’ils sont le résultat d’un processus qui s’est déroulé il y a des millions d’années. Des réservoirs se sont formés à l’époque, que l’on retrouve aujourd’hui dans les gisements de pétrole ou de gaz. Mais ils sont par conséquent limités. Le processus de création de l’hydrogène naturel serait en fait continuellement actif, ce qui permettrait de disposer d’une source d’énergie constamment renouvelée ».

3. Quelle est la signification de la « bulle d’hydrogène » qui aurait été découverte sous le nord-est de la France ?

« Il faut relativiser un peu cette découverte. Il s’agit de l’ancien bassin houiller de Loraine, à la frontière entre l’Allemagne et la France, à l’est de Metz, où des forages ont été effectués il y a quelques années. Lors d’un second forage, dont les résultats viennent d’être publiés, ils ont découvert que des couches d’hydrogène étaient susceptibles d’être trouvées. et plus ils allaient en profondeur, plus ils en trouvaient ».

« Par conséquent, l’origine de l’hydrogène n’est pas claire non plus. S’agit-il d’une maturation de matière organique où l’hydrogène a été créé en même temps que le méthane ? Ou bien a-t-il une origine plus profonde et s’échappe-t-il vers le haut ? Le fait que les gens parlent d’une « bulle » dans ce contexte me semble également être une sorte de projection : ils ont foré deux puits et ont détecté de l’hydrogène à différentes concentrations dans différentes couches, et maintenant ils pensent que tout le bassin est rempli d’hydrogène. Cela ressemble certainement à quelque chose que nous ne savons pas. Je suis quelque peu critique à l’égard de ce rapport. Il y a certainement de l’eau dans le bassin lorrain, mais en quelle quantité et sous quelle forme – qu’elle soit fixée ou qu’elle migre – nous ne le savons pas. Et nous n’en sommes certainement pas au stade où nous pouvons exploiter ce potentiel ».

4. En attendant, on rêve déjà à voix haute que ce « bassin » s’étende sous notre pays. Dans quelle mesure cette possibilité est-elle réaliste ?

« Il s’agit là aussi d’une exagération. Il n’en est rien. Le bassin houiller où les découvertes ont été faites n’est pas géologiquement lié à notre pays. Le seul lien est que nous avons nous aussi des bassins houillers tout aussi anciens, qui ont donc une formation similaire. Mais le contexte géologique et tectonique de ces bassins est un peu différent. L’idée que la production d’hydrogène s’étendrait jusqu’à nous est une légende urbaine. La seule chose, c’est que la découverte française donne envie de chercher à savoir si cet hydrogène peut se trouver chez nous aussi. C’est le seul raisonnement valable.

« Le ministre de la Mobilité, du Climat et de la Transition écologique, Jean-Luc Crucke, a débloqué des fonds pour que le service géologique fasse le point sur ce que l’on peut trouver en Belgique. C’est encore une étape d’avance sur les Français. Ils ont déjà exploité des couches d’hydrogène. Chez nous, il n’y a toujours pas de preuve de l’existence de l’hydrogène, bien que des indices aient été trouvés dans le projet géothermique Balmatt de VITO à Mol.

5. Mais si nous en trouvons, alors nous serons effectivement riches grâce à cet « or blanc » ?

« Non. Si nous le trouvons, tout le processus ne fait que commencer. Nous devons ensuite estimer la taille du réservoir et le rythme de production de l’hydrogène. Et puis il y a la question, qui se pose partout dans le monde, de savoir comment l’exploiter. En raison des propriétés de ces molécules, ce n’est pas aussi simple que l’extraction d’un gaz ordinaire. Il faudra beaucoup d’innovations technologiques avant de pouvoir exploiter efficacement l’hydrogène ».

« Je suis sceptique, certes, mais d’un point de vue scientifique, je ne peux que me réjouir que nous menions ces recherches en Belgique. Il faut juste rester réaliste avant de parler d’exploitation, parce que là, on sera de toute façon plus vers 2040. Il faudra facilement dix ans avant que ces recherches ne donnent des résultats et que nous trouvions des réservoirs potentiellement exploitables. Nous devons donc vraiment envisager les choses à long terme, car ce ne sera pas la panacée pour rendre notre bouquet énergétique plus durable d’ici à 2030 ».

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Auteur: Matthieu Van Steenkiste

Source: MobilityEnergy.be

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