L’industrie tire la sonnette d’alarme. « Les prix maximums sont insoutenables

Le mode de calcul des prix maximums des carburants en Belgique cause des maux de tête au secteur. En début de semaine, Group Bruno a annoncé qu’il envisageait de fermer certaines stations-service. Dans le reste du secteur, les commerçants se résignent, tandis que l’association industrielle Brafco tire la sonnette d’alarme. « L’eau est à nos lèvres », a-t-il déclaré.
« Si cela continue, nous serons obligés de fermer certaines stations-service ». C’est l’appel à l’aide lancé par Angelo Bruno, PDG du groupe Bruno, dans certains journaux. En effet, en raison de la hausse des prix des carburants et des prix maximaux applicables à l’essence et au diesel, la chaîne a parfois dû vendre du carburant à perte. Et cela n’est même pas autorisé par la loi.
« Nous avons déjà perdu une centaine de milliers d’euros en quinze jours », explique Bruno. « Les chauffeurs de camions viennent chez nous pour faire le plein à des conditions convenues d’avance qui ne sont plus tenables aujourd’hui. Si cette situation perdure encore quelques jours, nous n’aurons pas d’autre choix que de fermer purement et simplement certaines stations-service, mais nous pourrions aussi fermer les pompes à gazole. »
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« Nous avons déjà vécu un moment similaire il y a quelques années, explique Gilbert van Rens de Maes Energy, lorsque la Russie a envahi l’Ukraine en 2022. Heureusement, la situation n’est pas aussi grave aujourd’hui qu’elle l’était à l’époque. Nous étions alors confrontés au choix de vendre à perte ou de dépasser le prix maximum. C’est interdit par la loi, et le gouvernement a donc réagi assez rapidement, mais pour être honnête : si je dois choisir entre vendre à perte ou enfreindre une loi des années 1960, j’opte pour la deuxième solution.
« Il est vrai que la situation est pire qu’il y a quatre ans », estime M. Mattart. « À l’époque, le facteur K avait été activé pendant environ quatre jours. Aujourd’hui, la situation perdure depuis le 5 mars. Elle devient progressivement intenable. Toute la marge de distribution des distributeurs de carburant est utilisée pour protéger le pouvoir d’achat des consommateurs. Pour le ravitaillement des particuliers, un négociant peut encore rentrer dans ses frais, mais pour le camionnage, l’utilisation de cartes de carburant qui offrent des réductions, ou les appels d’offres dans lesquels les prix sont convenus, c’est la mort assurée. L’eau est à la bouche des propriétaires de pompes ».
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Comment le prix maximum est-il calculé ?
Le service économique du gouvernement fixe les prix maximaux quotidiens du gazole et de l’essence prévus par la loi en se basant sur le prix moyen du pétrole brut à la Bourse de Rotterdam au cours des sept derniers jours. À ce prix s’ajoute une marge de distribution, c’est-à-dire la redevance perçue par le distributeur de carburant pour le transport du carburant jusqu’à la station-service, les coûts logistiques, le marketing et, bien sûr, son bénéfice.
Toutefois, cette moyenne sur sept jours garantit que les prix maximums sont parfois inférieurs au prix du carburant auquel les négociants en carburant doivent acheter le jour même. « Lorsque les prix augmentent aussi rapidement qu’aujourd’hui, vous êtes rapidement distancé par les hausses », explique Ignace Gabriëls, PDG de Gabriëls. « Et puis il y a le facteur K », ajoute Johan Mattart, directeur général de Brafco. « Il s’agit d’un mécanisme de correction qui intervient lorsque les prix dépassent un certain seuil. Si les prix internationaux dépassent de plus de 20 % la moyenne des 20 jours précédents, le prix est réduit d’un certain pourcentage. Actuellement, ce pourcentage est de 8,4 %. J’ai fait un rapide calcul, et sans cet ajustement, le diesel coûterait en fait presque trois euros par litre au lieu des 2,590 euros d’aujourd’hui. »
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Allons-nous assister à des fermetures de stations-service ? Kristof Vandenbroucke, directeur général de PMO, ne le pense pas. « Je pense que la situation serait de toute façon très mauvaise si vous étiez le seul dans le secteur à le faire. L’homme de la rue ne le comprendrait pas non plus, cela ne ferait que ternir votre image. Bien que le problème soit réel, surtout en ce qui concerne le diesel. Il s’agit de grands volumes qui sont ravitaillés, souvent à des prix convenus qui sont maintenant inférieurs au prix d’achat. Parfois, avec un tel accord, vous avez la possibilité d’invoquer la force majeure, mais pour l’instant, nous avons décidé de mordre comme tout le monde. Je ne sais pas encore combien cette situation va nous coûter. L’ampleur exacte des pertes ne sera connue que dans quelques semaines ».
Même résignation chez Gabriëls. « Je pense que notre perte sera de l’ordre de grandeur de celle du Groupe Bruno. Cela fait déjà deux semaines désagréables, et je crains que cela ne dure encore un peu. Ce sera un mois difficile, je le crains, mais bon : on se rattrapera quand les prix se stabiliseront. Nous nous en sortirons.
Vol de pain
Pour Brafco, les choses sont claires : le prix maximum doit être supprimé. « Il faut laisser le marché libre et, comme aux Pays-Bas, ne fixer qu’un prix indicatif ou recommandé », explique M. Mattart. « Et si l’on veut conserver le système, il faut au moins supprimer le facteur K. Je comprends tout à fait que l’on veuille protéger les individus, mais je ne suis pas sûr que ce soit le cas. Je comprends tout à fait que l’on veuille protéger les individus, mais cela ne doit pas se faire au détriment de tout un secteur.
Début mars, Brafco a tiré la sonnette d’alarme en adressant une lettre au ministre compétent Mathieu Bihet, avec le Premier ministre Dewever en cc. « Nous avons reçu une réponse cette semaine », explique Mattart. « Pour le mazout de chauffage, où la marge de distribution est minime, ils ont maintenant supprimé le facteur K, mais pour le diesel et l’essence, ils veulent le maintenir afin de protéger les consommateurs. Cela ne marchera pas. Les gens volent le pain de ce secteur ».
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Le ministre de l’Energie, Mathieu Bihet, nous a répondu par l’intermédiaire de son porte-parole : « Le prix maximum à la pompe est fixé par le SPF Economie sur la base d’une méthode de calcul fixée dans le contrat-programme entre Energia – qui représente le secteur -, le ministre de l’Energie et le ministre de l’Economie. Celui-ci fixe un prix maximum pour les carburants et prévoit, dans certaines circonstances de fortes hausses de prix comme aujourd’hui, l’application d’un facteur K. Ce mécanisme vise à protéger les consommateurs belges. Ce mécanisme vise à protéger les consommateurs belges – les citoyens comme les entreprises – en limitant et en étalant les hausses de prix à la pompe. S’il devait être supprimé, il devrait être remplacé par un autre mécanisme qui protège les consommateurs. Bien entendu, nous restons attentifs à la continuité de l’approvisionnement, qui n’est pas compromise aujourd’hui. »
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